• Avant la restauration de 1955, vu par Ernest Matthieu

    Dès l'établissement d'un service religieux, l'église fut, selon les prescriptions de la liturgie catho­lique, munie d'une cloche. Plus tard, le nombre des cloches fut augmenté. A la fin du XIVe siècle, on en comptait plusieurs, car le compte de la massarderie de 1394-95 parle du « beelfroit ù les clocques d'Enghien pendent ». En 1429, il est fait mention des trois grandes cloches ; l'année suivante, le magistrat en fit fondre par maître Jehan le Smet, fondeur de cloches, deux nouvelles qui coûtèrent 456 liv. 6 s. 8 d.

    Le 7 septembre les échevins convenaient avec Michel Stalen de l'exécution d'une horloge à carillon à placer sur le clocher de l'église moyennant la somme de 120 livres. Ce carillon, destiné à remplacer la cloche des heures qui se trouvait sur le Château seigneurial, ne possédait, comme tous les carillons faits à cette époque, qu'une octave simple. D'après le compte de 1430-31, on voit qu'il fut commandé en même temps à maître Vranche, fon­deur de cloches de Bruxelles, trois appeaux pour la cloche d'heures, pesant ensemble 377 livres, qui furent payés 81 liv. 8 s. 8 d. Un messager fut envoyé à Mons pour prendre la mesure des appeaux du carillon de cette ville et Michel Stalen se rendit à Bruxelles pour convenir avec le fondeur des dimensions à donner à ceux qui étaient commandés pour notre ville. Lors­qu'ils furent terminés, Stalen et deux députés du magistrat allèrent accompagnés d'un « organiste et d'un canteur » examiner si ces trois appeaux étaient d'accord. La ville fit peindre par Jean Harpin, sur le sommier, auquel ils étaient appendus, les armes du seigneur.

    En 1456, une cloche destinée à l'église avait été faite par Jean Zaman, fondeur de cloches de Malines.

    Ce sont là les seules indications sur le premier carillon d'En­ghien. Il ne nous est pas possible de préciser le nombre de cloches dont il se composait. En 1465, on trouve des mentions de deux grandes cloches, de la cloche Notre-Dame, de la stormclocque (tocsin), de la cheisclocque et des petites cloches. Il semble aussi que déjà alors la cloche des ouvriers, placée primitivement à l'hôpital de Saint-Nicolas avait été transférée dans la tour de l'église. Dans le compte de la massarderie de 1467-1468 il est fait mention de quatre cloches fondues depuis peu pour l'église d'Enghien et dont la ville n'avait pas encore entièrement payé la dépense.

    Le clocher devint la proie des flammes, lors de l'incendie du 2 juillet 1497; le carillon et les cloches furent fondus. Les échevins prirent soin, lors du déblaiement des décombres, de faire recueillir les cendres et de les faire tamiser pour en recueillir les matières fondues. Ces débris furent envoyés à Malines et remis à Pierre Waeghevens, fondeur de cloches bien connu, avec lequel on s'était entendu pour la refonte des cloches détruites. Le 19 novembre, les députés du magistrat convenaient avec Jean Temerman, d'Anvers, pour l'exécution d'une horloge et d'un cadran qu'il devait placer à ses frais avant les fêtes de Pâques prochaines : en outre il livrerait soit à la Saint-Jean, soit à la Saint-Remi des appeaux de quatre ou de six notes, selon une dé­cision à prendre sans retard par les échevins.

    Pierre Waeghevens livra plusieurs cloches pour le mois de janvier 1498, et vint assister à leur baptême. Les trois plus grosses ne furent terminées que les années suivantes. La grosse cloche fut achevée en 1499 et bénie sous le nom de Saint-Jean-Baptiste ; on y trouvait sculpté le blason de la ville avec l'effigie du saint précurseur tenant les mains sur la poitrine…

    Cette cloche fut fondue aux frais de l'église. C'est à tort que Colins affirme que cette première cloche « de la plus harmonieuse résonance du pays » fut donnée par Philippe de Clèves. Ce seigneur fit, en 1501, fondre la seconde qui fut baptisée sous le nom de Philippe et qui existe encore aujourd'hui. Une troi­sième appelée Jehan fut encore livrée cette même année par Pierre Waeghevens. En 1514, on fondit encore de nouvelles cloches pour notre église : le compte du massard de cette année nous apprend que Jean de Lippelvelde, doyen de Hal et curé d'Enghien, en baptisa plusieurs.

     

    Avant la restauration de 1955, vu par Ernest MatthieuThéodore Planen fit, en 1592 et en 1593, refondre plusieurs petites cloches par maître Jean Groygnaert (1), fondeur, de Mons. La cloche La qui s'était fendue, fut refaite à raison de 2 s. 6 d. la livre. Le 6 décembre 1592, le curé d'Enghien baptisa la cloche nommée Nicolas dont Nicolas de Bourgogne et Nicolas Hardi furent parrains et mesdemoiselles Renée de Caftot et Marguerite-Joséphine de Sasseniers, marraines. Il en baptisa, le 8 juin 1593, quatre autres sous les noms de Judocus, de Hendricus, de Theodorus et de Petrus. Josse Anthoine, bourgmestre ; Henri Bureau, Josse Baccart, échevins et Pierre Colins, bailli des bois, en furent respectivement les parrains ; Françoise d'Ittre, Jeannette du Saussez, Catherine Descrolières et Marie Groy­gnaert, les marraines.

    Par contrat conclu en 1598 avec les échevins et le curé, Jean Peermans s'engageait à réparer l'horloge et à fournir plusieurs clochettes. On lui paya pour cet ouvrage 32 livres, monnaie de Flandre.

     

    Avant la restauration de 1955, vu par Ernest MatthieuLe conseil de ville constatait, le 2 mai 1752, la nécessité de refondre la grosse cloche et une autre qui étaient cassées. Le défaut de ressources fit différer ce travail pour la grosse cloche. Celle-ci fut descendue, le 14 août 1754, et refondue, le 18 sep­tembre à onze heures du soir, sur les remparts de Sambre vis-à-­vis du Slangenhuys, par George DU MERY, fondeur de cloches, natif d'Hoves, établi à Bruges. Cette opération réussit parfai­tement. La nouvelle cloche qui pesait environ 600 livres, fut baptisée par J. de Smet, curé d'Enghien, en présence du bailli et des échevins et fut nommée Charles en l'honneur du duc Charles d'Arenberg, son parrain. On la sonna pour la première fois le 26 octobre à huit heures du soir.

    George du Méry refondit ensuite les 5e, 6e et 7e cloches appar­tenant à la basse de l'octave de la grosse cloche et un carillon de 27 cloches. On lui paya pour le tout (la matière non comprise) 1.000 fl. argent fort. Ce fondeur refit aussi les quatre cadrans et le tambour du carillon. P.-J. Le Blas, carillonneur de Gand, l'ajusta. Ce fut, le 26 octobre 1756, à 6 h. du soir, que le nou­veau carillon fut joué pour la première fois.

    Vers 1765, « par la libéralité du publicq, on a mis sur les cloches dudit carillon quatre-vingt marteaux jouants, s'y trou­vans autant de tumelaires et autant de ressorts sous les mar­teaux. »

    Feller trouvait, en 1778, ce carillon très harmonieux et un des meilleurs des Pays-Bas. Le magistrat chargé de son entre­tien, payait le traitement du sonneur qui prenait soin de l'horloge ; ce traitement était au siècle dernier de 300 livres que le règlement de 1768 réduisit à 182 livres ; en 1771, on l'augmenta de 50 livres. Quant aux cloches, l'église en payait les réparations.

    Lors de la révolution française, des commissaires envoyés de Mons voulurent se faire remettre les cloches de l'église parois­siale. De Hantschutter, alors commissaire de la république à Enghien, réussit à les sauver. « Comment ferai-je, leur dit-il, pour annoncer au peuple les victoires de la république ? » De fortes libations s'ajoutant à la force de l'argument décidèrent les commissaires à n'emporter que la petite cloche et trois clochettes du carillon (La, Si, Do de la basse)(2).

    Enghien réussit par cette ruse à conserver son carillon. Il se compose actuellement de 32 cloches dont six servant à la sonnerie. Il est à regretter que jusqu’ici on n’ait pas encore remplacé les trois notes emportées pendant la révolution...

    (Ernest Matthieu - Histoire de la Ville d'Enghien - 1876 (réédition 1974) - pp. 511-520)

    (1) GRONGNART (Grognart, Groignart, Groingnaert, Groygnaert). Famille de fondeurs de cloches. Les membres de la famille dont les activités sont connues sont : Jean I, Roch, Jean II, fils de Jean I, Pierre, Paul. Les liens entre eux ne sont pas clairs. La famille est ancienne à Dinant, où on rencontre en 1474 déjà un chaudronnier du nom de Grongnard.

    Jean I GRONGNART (° Dinant ; fl. Mons, 1579-1615) épouse Jeanne de Vergnies, qui lui donne trois fils, Jean II, Christophe et Nicolas, dont le premier semble avoir été le seul à choisir la profession de son père.

    1592 – Enghien : refonte de plusieurs cloches du carillon ; 1593 – Enghien : Cloche Petrus.

    (2) il ne devait pas s'agir de "clochettes" mais de grosses cloches, puisqu'il est question du La, du Si et du Do de la basse.