• L'horloge et les cadrans

    Restauration des cadrans et de l'horloge monumentale de l'église Saint-Nicolas d'Enghien  

    par Charles Ghilain
    en collaboration avec Patrice Poliart, carillonneur
     

    Article paru dans le Bulletin Campanaire 2014/3 - n° 79.


    Préambule

    L’horloge monumentale de l’église décanale Saint-Nicolas d’Enghien comptera 150 années d’existence en 2015.

    Œuvre de Jean-Baptiste Premereur, horloger attitré de la ville de Ninove1, elle n’a jusqu’ici jamais fait l’objet d’une électrification : le système est resté entièrement mécanique. Le réglage, la lubrification du mécanisme, ainsi que la remontée de ses trois poids étaient assurés jusque très récemment par une personne rétribuée par la ville. Il s’agissait d’un travail fastidieux, nécessitant une escalade quotidienne du clocher. Un remplaçant était désigné pendant les congés du titulaire.

     

     

      Horloge Jean-Baptiste Premereur

     

    En 2013, les autorités communales décident de procéder à divers travaux : restauration des cadrans de l’horloge, automatisation partielle de l’horloge et diverses réparations et restaurations au carillon.

     

    Restauration des cadrans de la tour de l’église

    Le jeudi 5 septembre 2013, au petit matin, les quatre cadrans de l'horloge de l'église d'Enghien et leurs aiguilles, sont démontés de leur emplacement pour bénéficier d'une restauration bien méritée2. Les moyens déployés sont impressionnants : une immense grue et des spécialistes dans le domaine campanaire, véritables acrobates, réalisent la prouesse de les déposer délicatement sur la Grand Place, pour ensuite les emporter pour quelques temps...

    Démontage des cadrans

    Le jeudi 28 novembre 2013, les circonstances atmosphériques le permettant, une grue gigantesque arrive à 7 heures du matin pour replacer les cadrans multiséculaires de l'horloge.

     

     

     

    Cadran avant restauration   Détails d'un cadran après restauration

     

    Ils ont été restaurés à la feuille d'or 24 carats pour pouvoir résister à l’oxydation. Il en est de même pour leurs aiguilles. L’ensemble a recouvré son resplendissant lustre d’antan.

    Les travaux ont été confiés à l’entreprise Luc Michiels de Mechelen. Ce dernier est le petit neveu de Marcel Michiels (Tournai) qui restaura le carillon en 1955. Le carillonneur local, Patrice Poliart, présent à chaque opération, prend de nombreux clichés. Un remarquable reportage diaporama-vidéo est réalisé par l’auteur de ces lignes [voir sous l'article].

     

    Restauration de l’horloge monumentale

    Une automatisation de la remontée des trois poids3 de l’horloge est d’abord envisagée, mais, après étude approfondie, seule l’électrification de la remontée du poids de ± 50 kg actionnant le mouvement de l’horloge est réalisée.

    Toutes les heures 50 minutes, un moteur linéaire placé sous le balancier de l’horloge arrête son mouvement. Dès son arrêt, le poids est remonté par un moteur4. Un interrupteur fin de course arrête le poids quand il arrive à son niveau supérieur. Le moteur linéaire remet alors le balancier en marche, synchronisé avec l'heure internationale, via une antenne DCF 77 captant un signal radio LW émis depuis l'Allemagne et diffusé dans toute l'Europe.

    Compte tenu du temps requis pour la remontée du poids, le fonctionnement du balancier est réglé pour que l’horloge soit toujours légèrement à l’avance.

    Un micro-contact a été placé sur la transmission de l'horloge vers les cadrans pour indiquer au système électronique à quelle heure précise elle se trouve.

    A l'heure pile (heure internationale), le système déclenche le tintement des heures via une antenne DCF 77, même si l'horloge mécanique est arrêtée. Il en va de même pour le tintement des demi-heures.

     

    Pour le passage à l’heure d’été, l'horloge s'arrête automatiquement pendant 11 heures durant la nuit. Pour le passage à l’heure d’hiver, l’horloge s'arrête pendant 1 heure durant la nuit.

    Afin d’assurer le fonctionnement correct de l’horloge, l'échappement à chevilles a été entièrement rénové, une de ses chevilles étant cassée et plusieurs autres pliées.

     

    Le cadran de contrôle servant à indiquer l’heure signalée par les cadrans extérieurs a été repeint et replacé dans le local de l’horloge.

    Tous les paramètres de l'horloge sont désormais transmis et enregistrés en temps réel chez l’installateur du système, ce qui lui permet d’intervenir rapidement et avec précision, lors d'éventuelles pannes ou dysfonctionnements.

    Un interrupteur automatique (relais électromécanique) sera prochainement installé afin d’empêcher le tintement des heures lorsque la cloche de l’heure sonne à la volée.

    Le système d’enclenchement des sonneries par l’horloge mécanique elle-même n’a pas été automatisé en raison du fait que, pour ce faire, il eût fallu rectifier les paliers de ses barillets auxiliaires, opération dont le coût était trop élevé.

    Ce mécanisme d’origine, à roues de compte5, a toutefois été conservé afin de permettre des démonstrations d’enclenchement mécanique des sonneries lors de visites touristiques.

    Par ailleurs, les ritournelles automatiques du carillon sont désormais enclenchées de manière électronique, mais restent exécutées par le tambour de Dumery datant de 1765 6.

     

    1. Réf.: Regering der Stad Ninove 1837 - StadsHorlogiemaker - Huis- en kerk-horlogiemaker en mecaniekmaker [Ville de Ninove 1837 - Horloger communal - fabricant d'horloges domestiques et d'églises, ainsi que de mécaniques].
    2. Construits en 1765 par Duméry (diamètre 3 m - poids 70 kg) (voir aussi note n° 6).
    3. Le poids central sert à actionner le « mouvement » de l'horloge ; les poids latéraux actionnent respectivement la sonnerie des heures et des demi-heures.
    4. Il s'agit d'un moteur de vélo électrique (750 W sous 30 V), choisi pour sa souplesse de fonctionnement.
    5. Le principe des roues de compte a été décrit dans le Bulletin Campanaire 2012/2 (N° 70), p. 32.
    6. Ce tambour possède 60 pistes programmables, reliées aux marteaux-tinteurs des 51 cloches du carillon (certaines de ces cloches possèdent donc plus d'un marteau-tinteur). Suivant Yves Delannoy, dans « Enghien (guide) » - 3e édition - septembre 1990 - pp. 11-26) le tambour aurait été construit en 1765. Cette date apparaît également dans l' «Histoire de la Ville d'Enghien » d'Ernest Matthieu : « Vers 1765, par la libéralité du publicq, on a mis sur les cloches dudit carillon quatre-vingt marteaux jouants, s'y trou­vans autant de tumelaires et autant de ressorts sous les marteaux .»

     

     

     Caractéristiques de l'horloge de l'église Saint-Nicolas

     

    • Fabricant : Jean-Baptiste Premereur
    • Année de fabrication : 1865
    • Automatisation en 2014 par la firme Clock-O-Matic
    • Bâti : horizontal (en acier et fonte)
    • Dimensions : largeur = 320 cm, profondeur = 140 cm, hauteur = 50 cm
    • Nombre de barillets : 3 (mouvement de l'horloge + sonnerie des heures + sonnerie des demi-heures)
    • Nombre de poids : 3 (de ±50 kg chacun, en métal)
    • Barillet principal :
           - effectue un tour complet par heure
           - nombre de dents : 70
           - remontage automatique du poids par moteur de 750 W sous 30 V
    • Corps de rouage :
           - nombre : 3
           - facteur de démultiplication du rouage principal = 42
    • Echappement (complètement refait en 2014) :
           - de type à chevilles (au nombre de 37)
           - un tour complet en 85,7 secondes
    • Balancier :
           - longueur : 1,33 m
           - durée d'oscillation (aller-retour) = 3,166 secondes
    • Sonneries et ritournelles :
      - sonneries des heures et des demi-heures : enclenchées par un système
        électronique (l'ancien système d'enclenchement mécanique de l'horloge par
        l'horloge elle-même n'est plus utilisé qu'à titre de démonstration lors des
        visites)
      - ritournelles automatiques du carilon (à l'heure, au quart-d'heure, à la
        demi-heure et aux trois-quarts d'heures) : pilotées par un tambour
        programmable, fabriqué par Duméry en 1765 et mis en branle par système
        électronique.

     

    Diaporama du démontage des cadrans

     

     

    Vidéo du démontage et du remontage des cadrans

     

    Diaporama du remontage des cadrans