• Le carillon mobile de Soignies

     

    Le carillon mobile de Soignies

    Depuis1957 les organisateurs de la procession historique qui couronne le « Grand Tour Saint Vincent » (pèlerinage multiséculaire invoquant le saint fondateur de la cité, tous les lundis de Pentecôte) ont bénéficié du prêt d’un carillon portable de Marcel Michiels, fondeur tournaisien. Cela procurait au décor sonore de la manifestation un effet très remarqué (« Le Soir » du 23 mai 1961).

    Dès 1960, comme l’atteste la correspondance entre le comité organisateur et M. Michiels, l’idée germa de posséder un tel instrument à Soignies. La générosité des Sonégiens fut une nouvelle fois sollicitée, et en 1964, sous la direction de Géo Clément, maître incontesté de l’art campanaire, 13 cloches de bronze furent coulées et livrées pour un montant de 22.750 BEF par les ateliers « Petit & Fritsen », repreneurs de la Fonderie Michiels (Marcel Michiels décède le 17 février 1962).

    La tonalité des coches décrites ci-après et leur emplacement ont été choisis d’après les conseils de l’abbé Collard, Maître de chapelle au Séminaire de Bonne-Espérance.

     

    Ton

    Diamètre

    Poids en kg

    Do5

    200 mm

    11,6

    190

    10,2

    Mi

    180

    9,2

    Fa

    175

    8,5

    Fa dièze

    170

    7,5

    Sol

    165

    7,2

    La

    155

    6,8

    Si bémol

    150

    6,0

    Si

    145

    5,8

    Do

    140

    5,5

    Do dièze

    135

    5,5

    130

    4,8

    Mi

    120

    4,2

     

    Chaque cloche porte un numéro (de 5175 à 5187) précédé des initiales « P.& F. », ainsi que la date (A.D.1964). Les deux plus grandes cloches sont ornées d’une frise décorative en relief à hauteur de leur « cou ». On peut nettement y distinguer des motifs floraux encadrant trois anges, ailes déployées jouant d’un instrument ressemblant au violon et répartis équitablement sur la circonférence. Cette frise se retrouve sur les cloches du carillon de la tour  (voir clichés ci-dessous). Il serait intéressant de vérifier si elle se trouve également sur les cloches d’autres carillons « Petit & Fritsen » (Braine-le-Comte, Gembloux, …) ainsi que sur les cloches des carillons « Michiels », prédécesseurs de « Petit & Fritsen » (Nieuport, Furnes, …).

     

    Le carillon mobile de Soignies

     Cliquer sur les images pour agrandir

    Le carillon mobile de Soignies

     

    Le carillon mobile de Soignies

     

    Le carillon mobile de Soignies

     

    Le carillon mobile de Soignies

     

    Le carillon mobile de Soignies

     

    Le carillon mobile de Soignies

     

    Les cloches sont accordées sur base du LA 440 et selon la gamme bien tempérée.

    Elles sont fixées à l'aide de boulons de 15 mm de diamètre sur un bâti construit en vieux chêne (par Marcel Chapuis, selon les plans de Louis Hazebroucq) rappelant les berceaux en croisillons qui supportent les cloches de volées dans les clochers et monté sur quatre roues gonflées dont deux pivotantes.

    Ces cloches sont disposées en deux rangées parallèles dans un même plan vertical à environ 1,5 m et 1,7 m du sol. Sur la première rangée sont réparties régulièrement 8 cloches sur environ 1,5 m : DO, RE, Ml, SOL, LA, SI, DO, RE, MI, et 5 cloches dans la rangée supérieure sur une largeur de 85 cm : FA, FA dièze, SI bémol, SI, DO dièze.

     

    Le carillon mobile de Soignies

     

    Des équipes de deux jeunes musiciennes se relaient pour exécuter des airs et des cantiques (écrits ou arrangés en DOM, SOLM, FAM, REM, ou REm) agrémentant ainsi le décor sonore pendant le déroulement de la procession. Deux ou quatre aides poussent les quelques 275 kg, dont 120 de cloches et boulons, à travers la cité.

     

    Le carillon mobile de Soignies

    Le carillon mobile de Soignies

    Le carillon mobile de Soignies

    Le carillon mobile de Soignies

     

    Il va de soi que les partitions doivent être écrites en deux parties, « main droite », « main gauche ».

    Les jeunes filles candidates sont recrutées parmi les élèves de l'académie de musique et sous la conduite de membres du comité organisateur, répètent tous les lundis, mardis et jeudis de 16h à 16h30 de Pâques à la Pentecôte.

     

    Le carillon mobile de Soignies

     

    Les airs joués sont prioritairement des arrangements simples de mélodies religieuses. Le Choral-marche d'Auguste Reyns (hymne traditionnel à Saint-Vincent), un cantique à la Vierge, ainsi que des airs de Bach, Mozart, Haendel, …

     

    Le carillon mobile de Soignies

    Version manuscrite
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    Le carillon mobile de Soignies

    Version retranscrite
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    Le Choral Marche d'Auguste Reyns au carillon de Soignies
    par Patrice Poliart

    Historique de la partition : cliquer ICI

     

    Les cloches sont percutées extérieurement à l'aide de petits marteaux à tête de cuivre, plus tendre que le bronze, mais les trémolos sont obtenus par une vibration rapide du marteau à l'intérieur de la cloche, au niveau de la panse.

    Fort prisé, cet instrument unique par la qualité de son timbre et par sa présentation, a déjà beaucoup voyagé. Citons Tournai en 1985 et 1992, Mons en 1986 et 1988, Baudour en 1995, Nivelles depuis 1989, Bruxelles en 1996.

    Les musiciens pourraient se demander pourquoi avoir conçu un instrument si aigu (DO5 à MI6) alors que l'ambitus courant est de DO1 à DO5. La documentation consultée ne fournit aucune réponse, mais il est raisonnable de songer à deux aspects du problème :

    1. les concepteurs du projet ont probablement voulu un vrai son de carillon et non un tintement suggérant les cloches de tram ou le timbre d'une bicyclette. Dans ce but, il était indispensable d'opter pour des cloches d'une certaine épaisseur (dans ce cas 30 mm) donc d'une masse (poids) importante. L'octave inférieure aurait donc été trop lourde à déplacer ;
    2. un son aigu a une puissance physique plus élevée, donc une portée plus grande. Or pour un usage au niveau du sol il était indispensable de prévoir une portée du son importante.

     

    Depuis la révolution française, les Sonégiens ne possédaient plus de carillon. 175 ans plus tard, grâce à leur générosité et à la détermination de quelques-uns, ils ont renoué avec une tradition campanaire très vivace dans l'ancien régime. De notre région sont issus quelques grands noms dont Leblanc, carillonneur sonégien (dont on vient de retrouver quelques manuscrits) ayant terminé sa carrière à Gand, et Dumery, fondeur né à Hoves en 1699 et mort à Bruges en 1784.

    Augurons que l'avenir nous réserve encore d'agréables moments campanaires.

     

    Patrice Poliart
    Février 1999

     

     

    Sources :

    Les archives du comité de la procession.
    Les cahiers du Chapitre n° 5, 1996 de Paul Hazebroucq.
    Cloches et carillons (Tradition wallonne) pp. 201 à 220 de Jacques Deveseleer.
    Cloches et carillons - Cours théorique de Jean-Claude Molle.