• Les cloches et carillons à Bruxelles et en Wallonie

    Les comptes des villes wallonnes conservés dans les archives fournissent des noms de fondeurs de cloches qui remontent au 9e siècle. L’un des plus anciens est le fondeur Paterne, qui fond en 853 une cloche pour la ville de Tournai (1). Les premiers carillons de Wallonie datent de la fin du 14e siècle. Ils ne se composent encore que de trois ou quatre petites cloches formant le « quadrillon », qui sonnent pour avertir que l’heure va sonner sur une cloche plus grande. Faute de beffroi, les carillons sont installés dans la plus haute tour de l’église de la ville. Ils y sont utilisés d’une part pour les sonneries religieuses, appelant les fidèles aux offices, et d’autre part pour les sonneries civiles, pour annoncer l’ouverture ou la fermeture des portes de la ville, le commencement ou la fin du travail, la fermeture des auberges, l’extinction des feux et pour sonner l’alarme. Le nombre des cloches augmente au 15e siècle et passe de quatre à huit, douze, vingt et plus. Les premiers claviers manuels et les premiers pédaliers apparaissent au 16e siècle.

    Certaines cloches du 14e siècle existent encore. C’est le cas par exemple de la Bancloque et du Timbre que le fondeur picard Robert de Croisilles (2) livre en 1382 pour le beffroi de Tournai. Plus souvent, les carillons ont disparu dans des circonstances parfois dramatiques. La ville d’Enghien perd son premier carillon dans un incendie en 1497. Le carillon de Binche disparaît de même dans un incendie en 1554. Celui de Nivelles est détruit trois fois : en 1641, en 1859 et en 1940. Le beffroi de Mons s’écroule en 1661 avec le carillon de 19 cloches, fait en 1544 par le fondeur malinois Jacques Waghevens.

    A Bruxelles, la tour de l’église Saint-Nicolas fait office de beffroi. Un carillon y est placé en 1662 par le célèbre fondeur François Hémony (° Levécourt, vers 1609 ; † Amsterdam, 1667), originaire de Lorraine et installé à Amsterdam. Il est victime en 1605 d’un bombardement d’artillerie et remplacé par un carillon des fondeurs anversois Melchior de Haze (° Anvers, 1632 ; † Anvers, 1697) et Guillaume Witlockx (° vers 1665 ; † Anvers, 1733). Peu après avoir été installé, ce carillon est détruit par l’écroulement de la tour en 1714. Le fondeur louvaniste André-Joseph Van den Gheyn (° Louvain 1727 ; † Louvain, 1790), livre en 1755 un fort beau carillon à la cathédrale Saint-Lambert à Liège. Ce carillon est transporté en 1804 vers la cathédrale Saint-Paul où il existe encore partiellement. André-Joseph Van den Gheyn livre aussi entre 1762 et 1773 un beau carillon pour la collégiale Sainte-Gudule à Bruxelles ; ce carillon a disparu à la Révolution française.

    Les carillons pèsent plusieurs tonnes : leur transport ont posé des problèmes insurmontables. C’est pourquoi la plupart des fondeurs sont itinérants, installant leur atelier au pied des tours où seront installées les cloches. La fonte elle-même est une opération hasardeuse et dangereuse, où se manient des quantités énormes de métal en fusion. La réussite d’une fonte donne lieu à des réjouissances ; la cloche est généralement baptisée. C’est le caractère essentiellement itinérant du métier de fondeur de cloches qui explique que tant de carillons de nos régions sont dus à des fondeurs picards, lorrains, flamands ou hollandais.

    La Wallonie a compté ainsi plusieurs fondeurs importants. Les Grongnart sont actifs à Dinant, à Mons, à Gand et à Liège au 16e et au 17e siècles. Thomas Tondeur (fl. Nivelles, 1560-1644) livre 22 cloches à sa ville en 1642 pour reconstituer le carillon qui venait d’être détruit. Le Hutois Claude Plumere († Huy, 1672) fond 20 cloches pour la ville de Huy. Le Liégeois Martin Legros (° Bouvignes, 1714 ; † Malmédy, 1784) livre un carillon à Malmédy en 1781-1782. Plus proche de nous, Adrien Casard (° Tellin, 1841 ; † Tellin, 1900) installe en 1895 à la Maison du Roi à Bruxelles un carillon léger, disparu déjà en 1897. Marcel Michiels père (° Malines, 1868 ; † Tournai, 1924) fait en 1920 un jeu de cloches pour l’église Notre-Dame à Dinant ; son fils Marcel (° Tournai, 1898 ; † Tournai 1962) est le fondeur du superbe carillon du beffroi de l’hôtel de ville de Charleroi, installé en 1936.

    Les carillons ont beaucoup souffert des guerres ; nombre d’entre eux sont détruits pendant la Révolution française, emmenés vers les fournaises du Creusot pour y faire des canons. Les deux Guerres mondiales provoquent la destruction des carillons de Dinant, de Braine-le-Comte, de Lessines, de Nivelles et de beaucoup d’autres. Depuis, de nouveaux carillons ont été érigés : Beauraing (1951), Ath et Wavre (1952), Florenville (1955) par Michiels à Tournai ; Gembloux et Soignies (1963), Braine-le-Comte (1967) par Petit & Fritsen à Aarle-Rixtel aux Pays-Bas ; cathédrale Saint-Michel à Bruxelles (1975), l’un des plus beaux carillons du monde, par Eijsbouts à Asten aux Pays-Bas. Les carillons d’Enghien, de la cathédrale de Liège, de Notre-Dame à Huy, de Sainte-Gertrude à Nivelles ont fait l’objet de restaurations approfondies et d’autres restaurations sont envisagées à la cathédrale Saint-Aubin à Namur, à Saint-Barthélémy à Liège et peut-être aux beffrois de Mons et de Tournai.

    GASTON VAN DEN BERG

     


     
    Brochure - Instruments de musique anciens à Bruxelles et en Wallonie – 17e-20e siècles - Les cloches et les carillons p. 31 - Sous la direction scientifique de Malou Haine et Nicolas Meeùs
     
    Exposition organisée dans le cadre de l’Année Européenne de la musique 1985 par le Conseil de la Musique de la Communauté française de Belgique et le Musée instrumental de Bruxelles, grâce à l’appui du Conseil de la Communauté française de Belgique, de l’Exécutif de la Communauté française de Belgique et de la Loterie Nationale, avec le concours du centre culturel « Le Botanique » et du Musée de Mariemont.
    4 décembre 1985 – 1er janvier 1986.
     
     
     
     (1) MEMOIRES DE LA SOCIETE HISTORIQUE ET LITTERAIRE TOURNAI.- Par A. de la GRANGE, Membre titulaire. Louis CLOQUET, Membre titulaire -1929 - Extraits concernant les fondeurs de cloche - Document PDF.

    (2) Le tocsin de Robins de Croisilles n'est pas du tout visible en temps habituel. Cette cloche se situe en sommet de flèche. L'accès au local n'est pas autorisé. C'est bien entendu très dommage pour nous. D'après Pascaline Flamme, cette cloche n'a pas le profil applati d'un braillard médiéval. Thibaut Boudart confirme qu'elle a le même profil que la bancloche. La dédicace comporte le texte suivant (d'après littérature) : Je fais haultement mon debvoir ; Pour cascun les heures savoir ; Quant je dore j'ai qui me resveille ; Si resveille tel qui someille ; Nonante II CCC et M ; Me fondit Robin de Croisille.

    D'après le dictionnaire des instruments de musique, Robin de Croisilles est un fondeur originaire de Montdidier, France, près de Cambrai. Il fournira à Tournai quatre cloches, le tocsin pour sonner l'alarme (cloche qu'on appelle le plus souvent Le Timbre), la banclocque pour sonner les évènements tristes, le Vigneron et la Cloche des Ouvriers. Le Vigneron est fêlé en 1416 et sera refondu par Michel De Gand. Le Vigneron avait pour vocation de sonner l'heure de fermeture des cabarets. On l'orthographie parfois le Wigneron.

    La Bancloche est une grosse et belle cloche, un peu au sens du Great Bell en anglais. Elle s'appelle aussi banclocque ou bancloque ou ban-cloque. C'est la cloche des Bans ou la cloche à Ban. En dédicace, elle est orthographiée bancloke. C'est une cloche de volée actuellement montée en lancé franc. Elle a un mouton assez petit vu le volume de l'instrument... Elle possède une décoration assez limitée. Une ligne de dédicace se trouve au cerveau. C'est une textura quadrata en très bon état pour l'époque, large et lisible. Les anses sont finement décorées de lignes à points. La cloche mesure 1m65 de hauteur.
    La dédicace comporte le texte suivant : Bancloke suis de commugne nommée ; Car pour effroy de guerre suis sonnée ; Ci fu celi qui fondy devant my ; Et pour le cas que dessous je vous dy ; Robins de Croisilles c'est cler ; Me fit pour justice assembler ; L'an mil trois cent nonante deux ; Pour sonner à tous fais piteus ; De mort d'oreille ou d'ortauls ; De caiche et flastrir tesmoins fauls.

    Pour en savoir plus, visitez le site de Tchorski